FOCUS métiers d’art – Artisan fleuriste artificiel

Aujourd’hui, je vais vous parler du métier d’art de créateur de fleurs artificielles et de parurier floral. Il s’agit d’un savoir-faire rare dont le processus minutieux est bien plus qu’une technique créative mais un processus intrigant, émotionnel, complexe et surtout artistique où l’on peut laisser sa créativité s’épanouir. Chaque fleuriste à son propre ressenti, ses techniques propres et cela se remarque dans leurs fleurs et feuillages.
La fabrication de fleurs artficielles est aussi bien destinée à la mode pour les tenues de Haute Couture et les parures florales (bijoux, accessoires de mode, ornements de chapeaux, etc…) qu’à la décoration d’intérieur, les spectacles, l’évenementiel.

Je vais vous parler des différentes étapes nécessaires à la fabrication de ces fleurs (5 étapes), des outils et des matières que j’utilise. Après ça, vous serez presque incollables sur le sujet. ?


Etape 1 : apprêtage du tissu.
Il faut apprêter le tissu afin qu’il se rigidifie, ne s’éfiloche pas à la découpe. Cela facilite aussi
le façonnage des différents éléments de la fleur.
Le tissu est tendu sur un chassi de bois, enduit d’un apprêt (préparation à base d’amidon, de gélatine, de gomme) et laissé séché toute une nuit. L’apprêtage peut se faire au pinceau pour certaines matières comme le velours par exemple.
Le fleuriste artificiel utilise différents tissus tels que le voile de coton, le coton, la soie, la batiste, la mousseline, le velours, le tweed, le cuir, les plumes, le crin de cheval, le papier, la percale, le vinyle pour réaliser ses fleurs. Leur utilisation peut être complémentaire sur une même fleur. Généralement, il s’agit de matières naturelles car elles supportent mieux la chaleur des outils de modelage et tiennent mieux dans le temps.
Jusqu’à présent ma préférence est le satin de soie pour sa brillance luxueuse et le pongé qui donne plus de légèreté à la fleur.

Etape 2 :  la découpe des éléments de la fleur ou du feuillage.
Le fleuriste artificiel possède des outils anciens appelés emporte-pièces (ou fers à découper) qui permettent de découper les pétales et feuilles.
Plusieurs emporte-pièces sont parfois nécessaires pour une même fleur ou feuillage.
La découpe à l’origine se faisait à l’aide d’une mailloche venant frapper l’emporte pièce fortement sur des cahiers de tissu préalablement apprêtés posés sur une dalle de plomb.
Heureusement la modernité permet aux fleuristes artificiels d’aujourd’hui d’effectuer cette découpe avec une presse mécanique ce qui rend le travail plus facile et plus silencieux aussi…

Etape 3 : la teinture-peinture des pétales et feuilles.
Il existe 2 manières de peindre ces éléments.
La 1ère est d’utiliser des petits bols de teinture
où l’on vient tremper les pétales/feuilles dans différentes couleurs ou une même couleur plusieurs fois pour obtenir un dégradé.
La 2ème est d’utiliser des pinceaux et apposer la teinture aux endroits désirés.
Ces éléments sont ensuite retouchés au coton, au pinceau pour obtenir le résultat final escompté. Ils sèchent sur du papier buvard mais étant un matériel cher la plupart des fleuristes les font sêcher sur du papier journal.

Ces 3 étapes sont indispensables avant de réaliser le gaufrage des pétales et feuilles afin que la fleur garde sa forme et son volume dans le temps.


Etape 4 : la mise en forme appelé gaufrage.
« Gaufrer » signifie « donner du relief ».
J’utilise tous les types de fers à gaufrer (modernes et anciens) en fonction de l’effet désiré ou de façon complémentaire.
Il existe deux types de fers
qui ont un manche en bois.
Les fers à gaufrer (mandrins à gaufrer), fers à bouler, rayettes, crochets, etc… que l’on chauffe à l’aide une lampe à alcool ou d’une plaque électrique que l’on utilise pour gaufrer les pétales sur un coussin de son. On peut aussi utiliser des mousses de plusieurs duretés selon le travail à effectuer que l’on doit recouvrir d’un tissu en coton qui ne brulera pas au contact de la chaleur des fers.
On utilise en complément des pinces à gaufrer (pinces brucelles), des pinces pour ourler, frisotter, plisser les pétales afin de gaufrer en fonction de la fleur à réaliser.
Les gaufroirs composés de 2 parties (moule et contre-moule / forme et contre-forme). Après avoir été découpés avec un emporte-pièce correspondant au moule de la même forme et dimension, ces éléments sont placés dans le moule à chaud positionné sous une presse. Ils permettent « d’imprimer » les plissements et nervures du fer sur le tissu.
Ces fers et emporte-pièces ont été créés à la Belle Epoque (fin 19ème siècle), car l’art du fleuriste artificiel était à son apogée.

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Aujourd’hui, il existe des fers modernes créés par les japonais pour la création de fleurs Somebana , technique très prisée par les Russes qui sont friandes de cet art.
NB : Ecole Somebana, école enseignant la création de fleurs mettant l’accent particulièrement sur la peinture des fleurs. Somebana signifie « fleur teinte » (Bana/Ha-na signifie fleur et So-me signifie teindre-impression-couleur)
Ce sont des fers à buses interchangeables de différentes formes. Ils permettent de former aussi bien les pétales que les feuilles.
Il existe aussi un moule pétale de roses et des moules feuilles de 2 ou 3 tailles de forme générale que l’on accroche à ce fer afin de reproduire la plupart des feuilles de fleurs à la manière des moules en 2 parties anciens.

Etape 5 :  l’assemblage de la fleur appelé floraison.
Le fleuriste artificiel colle les pétales ensemble avec une colle à séchage rapide qui devient transparente au séchage une à une, en les doublant voire en les triplant autour du cœur fixé sur une tige de laiton ou autour d’étamines.
La finition des tiges se fait au papier de soie, avec des bandes de tissu en soie, avec des fils de soie fins, des cordonnets de soie et à la gutta.

J’espère que cet article vous a permis d’y voir plus clair sur la création de fleurs artificielles.
Prochain article : je vous montrerai ce que mes fers à gaufrer anciens (moules) peuvent faire.

2 Commentaires

  1. Laurence

    Wouah, c’est magnifique, j’en suis sans voix!
    Bravo

    Laurence

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    • Manuela Biocca

      Merci Laurence de nous faire part de ton sentiment.
      C’est une vraie passion qui comme tu l’as lu nécessite de multiples étapes, donc un travail long, mais un art très intéressant et épanouissant.

      Répondre

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